Manchester endeuillée mais plus “united” que jamais

Au lendemain de l’attentat qui a coûté la vie à 22 personnes, principalement des enfants et des adolescents, à la sortie d’un concert, les habitants de Manchester accusent le coup et font front contre la haine. Reportage.

Les rues barrées, les magasins fermés, le trafic au ralenti et ces policiers un peu partout en ville… Le centre de Manchester était inhabituellement calme, mardi 23 mai, au lendemain de l’attentat qui a fait 22 morts et des dizaines de blessés, à la fin d’un concert dans la plus grande salle de spectacle de la ville, l’Arena.

Dans le hall d’un hôtel à deux pas de là, Lucy, 17 ans, et Alex, 19 ans, attendent le taxi qui doit les emmener à la gare, direction Leeds, à une cinquantaine de kilomètres de Manchester. Leurs sweats flambants neufs à l’effigie de la chanteuse Ariana Grande et le poster qui dépasse de leur valise à roulettes font office de déclaration : ils étaient au fameux concert. “On n’était pas du côté où ça s’est passé. C’est en rentrant à l’hôtel et en voyant les infos que l’on a compris que c’était un attentat”, explique Alex. Les deux jeunes appellent alors leurs parents qui n’étaient pas au courant et postent un message sur Facebook pour rassurer leurs amis. Quelques heures après le drame, les deux ados se disent “choqués” mais, pour le reste, les mots ne viennent pas : “On veut juste rentrer chez nous.” Les victimes avaient leur âge, parfois moins : des adolescents et des enfants venus écouter la star du moment.

La jeunesse des victimes de cet attentat revendiqué par l’organisation État islamique, c’est ce qui semble avoir le plus marqué les passants croisés dans les rues de Manchester. À l’instar de John, un charpentier de 41 ans. “Avec ma copine, on n’a pas d’enfant. Pourtant, dans la voiture ce matin, je me suis mis à fondre en larmes en pensant à ce que devaient vivre ces gens qui ont perdu quelqu’un”, raconte-t-il, très ému.

Au travail, toute la journée, il n’a fait qu’y penser : “Un événement comme ça, ça remet tout en perspective, l’importance des choses… Toute la journée, j’étais à deux doigts de démissionner. Finalement, je n’ai pas quitté mon travail mais j ai fabriqué ce petit panneau ‘Peace+love Manchester’”, explique-t-il sur le chemin du rassemblement en hommage aux victimes.”Si cela peut faire sourire des gens…”

Dans un des rares établissements du centre ville à avoir ouvert, Patrick, 67 ans, prend un café en lisant le “MEN”, le Manchester Evening News. L’édition du jour du quotidien local est consacrée au “Massacre”. “Tous ces jeunes gens…”, soupire ce prof à la retraite qui dit s’être réveillé “en larmes et en colère”. “J’ai croisé des lycéens à la bibliothèque ce matin. Il avaient l’air bouleversé : une des victimes, Olivia, était dans leur école…”. “C’est elle”, dit-il en montrant la photo d’une jeune fille souriante dans le journal.

Patrick est assez âgé pour se souvenir de la dernière fois que Manchester a été frappée par un attentat : “C’était il y a 21 ans, à quelques rues d’ici. L’IRA avait piégé une boîte aux lettres. Je me rappelle très bien car mon fils était en ville ce jour-là avec sa petite amie et je m’étais inquiété”. “À l’époque, il y avait eu 200 blessés mais personne n’avait été tué. Lundi soir, on n’a pas eu tant de chance.”

“Une ville contre la haine”

Pourtant, si Patrick dit avoir été “déprimé” toute la journée, lui refuse de se laisser abattre : “Tout à l’heure, dans un magasin près de chez moi, j’ai croisé une femme qui m’a dit qu’elle n’allait pas sortir de chez elle pendant trois jours. Mais il ne faut pas réagir comme ça, au contraire ! Il faut aller en ville, au cinéma, faire du shopping !” Lui-même a prévu d’aller à son cours de danse, comme tous les mardis soirs : “Avec l’autre responsable du groupe, on s’est appelés pour décider quoi faire et on s’est dit : ‘Bien sûr, qu’il faut maintenir (le cours de danse, NDLR) ! Sinon ils vont gagner !’”, raconte-t-il avant de préciser : “On aura un moment pour les victimes mais ensuite on essaiera de danser encore plus joyeusement que d’habitude.”

Une volonté d’aller de l’avant qui fait écho au slogan “We love MCR” (“On aime Manchester”) relayé avec un gros coeur rouge sur les panneaux de la ville, mais aussi sur les réseaux sociaux. Un slogan visant de toute évidence à défendre certaines valeurs aussi. “Ils ont visé une ville tolérante. On a l’impression qu’ils cherchent à nous diviser”, estime ainsi Francesca, une lycéenne de 17 ans, qui insiste sur l’élan de solidarité qui a suivi l’attentat : les taxis qui ont éteint leurs compteurs lundi soir, les dons du sang qui ont afflué…

“La haine n’est pas une solution à la haine”, “Une ville contre la haine”… Dans cette ville multiculturelle où, selon des statistiques de 2012, 15,8 % de la population serait musulmane, c’est un message d’unité que la foule rassemblée mardi soir devant l’hôtel de ville tenait visiblement à faire passer. Entre les fleurs et les bougies, sur le mémorial improvisé au pied d’une des statues de la place, certains avaient déposé, comme un clin d’œil, pliées en forme de cœur, des écharpes du club de foot “Manchester United”.

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